ASSE

Palmarès professionnel

Championnat


Champion de France de L1 : 1957, 1964, 1967, 1968, 1969, 1970,1974, 1975, 1976, 1981
Champion de France de L2 : 1963, 1986, 1999, 2004

Coupes nationales
Vainqueur de la Coupe de France : 1962, 1968, 1970, 1974, 1975, 1977
Demi-finaliste de la Coupe de la Ligue : 2004, 2005

Coupes d'Europe
Finaliste de la Ligue des Champions : 1976
Quart-finaliste de la Coupe de l'UEFA : 1980, 1981

 


1933-1958 : Un club s'éveille


Voici le premier volet de l'histoire de l'Association sportive de Saint-Etienne depuis sa naissance en 1933.
1920, Casino, déjà un fleuron de l'économie stéphanoise crée une société sportive : l'Association sportive de Casino. Le géniteur ? Pierre Guichard, fils de Geoffroy. « Il a étudié à l'Ecole des Roches en Normandie », explique Pascal Charroin, historien du sport à l'Université de Saint-Etienne. « Cette école avait pour modèle les publics schools anglais». Ce club omnisport comporte une section de football. Ce dernier fusionne le 17 mai 1927 avec un autre club local, l'Amicale Sporting club. Le nouveau club se nomme : Association sportive stéphanoise (ASS qui se prononce tel quel tout comme l'acronyme actuel, ASSE, mais à tort). Localement, l'équipe compte mais sans aucune prétention nationale. Le championnat de France n'existe pas encore jusqu'au début des années 30.
Le championnat de France de football professionnel est créé en janvier 1932. Les prétendants doivent s'inscrire. Oui mais voilà, une condition s'impose : être un club uniquement de football. L'ASS est omnisports. Qu'à cela ne tienne, Guichard extrait la section «football» pour créer en juin 1933 un club de football professionnel : l'Association sportive de Saint-Etienne (ASSE). Les inscriptions pour la 1re division sont closes, l'ASSE débute à l'étage au-dessous. « On a appris ce matin que 18 clubs nouveaux avaient finalement adressé leur inscription. (...) Dans la liste, nous avons relevé le nom de l'AS Stéphanoise qui s'est finalement décidée à tenter l'expérience. Le nouveau groupement aura pour nom : Association sportive de Saint-Etienne » peut-on lire dans la Loire Républicaine du 28 juin 1933.



La politique de... vedettariat

Si aujourd'hui l'ASSE a l'image, au moins dans les esprits, d'être un club formateur de jeunes joueurs, ce n'est pas du tout le cas dans les premières années. Pierre Guichard veut gagner et monter parmi l'élite tout de suite. Au point de vue financier, son but est clair : amener le public en nombre au stade Geoffroy-Guichard afin de remplir les caisses du club, principalement alimentées par les recettes des guichets. Il instaure ainsi une politique sportive de vedettariat : la célèbre « équipe des millionnaires ». Il recrute des internationaux français (Henric, le gardien de l'équipe de France, Chalvidan), étrangers (le Yougoslave Stévanovitch, le Hongrois Szeman, les Anglais Pollard et Rivers) alors que le club est en 2e division ! Le premier entraîneur Français est Emile Cabannes qui sera recruté en... 1941. Après plusieurs échecs, les Stéphanois montent parmi l'élite le 30 mai 1938. Dans les rangs, figurent trois noms que le public stéphanois reverra avec plaisir : Ignace Tax, Jean Snella et Pierre Garonnaire. Hélas, la guerre brise l'élan.
De 1940 à 1944, le sport professionnel tremble : le régime de Vichy est hostile à son existence et favorable au sport amateur. En juin 1943, le football professionnel, à défaut d'être aboli, est largement réformé par le Colonel Pascot. Le championnat national sera désormais joué par équipe de région. Il faut donc une, et une seule équipe, entre Lyon et Saint-Etienne à laquelle on accole le nom du comité. Ce sera Lyon-Lyonnais qui représentera les départements de l'Ain, du Rhône et de la Loire. L'ASSE n'existe plus, sauf dans les divisions subalternes et amateurs. Emoi dans la cité stéphanoise. Pierre Guichard démissionne. Des joueurs partent. Le 13 juillet 1943, le Conseil municipal émet un vote de protestation pour « que l'équipe professionnelle de football de Saint-Etienne soit maintenue ou qu'il soit créé dans cette ville une équipe régionale ». En vain. L'ASSE est à demi-enterrée dans les bas-fonds de l'histoire.

 

La crise financière

Heureusement, cette situation ne dure qu'une saison, le temps que la Résistance et les Alliés ne libèrent Saint-Etienne et la France. A l'automne 1944, l'ASSE retrouve son rang. Et les mêmes recettes, la fuite en avant financière et l'achat de grands noms : Cuissard, Alpsteg, Firoud, Finek... Déficitaire depuis la première saison, l'ASSE ne peut plus faire face aux créanciers. Les membres du comité d'honneur ont d'abord été mis à contribution. Puis une souscription publique sauve la mise en 1938. A partir de 1944, la municipalité stéphanoise verse une subvention annuelle de plus en plus conséquente : 20 000 francs, la première année, un million de francs en 1948. Malgré cela, en juin 1950, il manque 12 millions. Le 7 juillet, le Conseil municipal refuse de boucher le trou et l'ASSE va déposer le bilan. Stupeur. Colère. La ville est en ébullition, les journaux s'en donnent à cœur joie. Alexandre de Fraissinette convoque en urgence un Conseil municipal extraordinaire qui, cette fois-ci, valide l'aide. L'ASSE est sauvée mais doit réfléchir à fonctionner autrement.La gestion du club est déplorable, Pierre Guichard remet de l'ordre dans la maison et réorganise le club. Il nomme Charles Paret, un cadre de Casino comme secrétaire général du club. L'homme clé de l'histoire du club est dans la place. Le nouvel employé entame sa carrière verte dans l'arrière-salle enfumée du Café de la Paix, siège du club au 1 place de l'Hôtel-de-Ville. Ses premiers dossiers, délicats, concernent les négociations avec les créanciers. Il gère le club au quotidien, met en place les politiques voulues par les présidents. Au point de vue administratif et financier, l'ASSE se stabilise. Il meurt en décembre 1977 et coïncidence ou pas, le climat comme les dérives financières et sportives se détériorent dans les années qui suivent...L'autre homme clé est Jean Snella. Lui va diriger et faire grandir le secteur sportif. « Monsieur Jean » a été joueur de 1938 à 1946. L'ASSE l'embauche pour s'occuper des jeunes en 1948, puis il remplace Ignace Tax à la tête de l'équipe fanion en 1950.
Les stars partent à partir de 1952, des jeunes les remplacent : Abbes, Richard et Michel Tylinski, N'Jo'Léa, Mekloufi. Grâce à Snella, l'ASSE prend 20 ans d'avance. Il amène des notions nouvelles : le respect des horaires, l'entraînement rigoureux, l'hygiène de vie par le repos et la diététique. Pour lui, le joueur se contente de jouer, l'intendant et le secrétaire du club sont là pour le reste. Pour Aimé Jacquet, « Jean Snella a fait Saint-Etienne ». D'ailleurs, l'équipe joue bien et remporte la Coupe Drago en 1955. France Soir qualifie son style de « football rock-and-roll ». La consécration arrive : les jeunes deviennent champions de France au terme de la saison 1956-1957.

 

1958-1983 : grandeur et décadence


 

 

 

 

 

L'ASSE a quelque peu du mal à digérer le titre de 1957. La dynamique fléchit et Jean Snella jette l'éponge pour aller au Servette de Genève en 1959. L'homme qui a fait le club au point de vue sportif n'est plus là. La saison 1961-1962 est paradoxale. Le club est relégué pour la première fois de son histoire en 2e division. Mais à Colombes, les joueurs stéphanois remportent la Coupe de France. Saint-Etienne accueille les joueurs en héros.

 

 

 

 

 

 

 

Roger Rocher l'arrivée d'un bâtisseur

« L'homme à la pipe » dirige la Société forézienne de travaux publics ainsi que l'Olympique de Saint-Etienne. « Les références à la mine sont une image de marque mais les Houillères n'ont pas contribué au fonctionnement du club, ce qui était vrai pour les petits clubs amateurs : Roche-la-Molière, Firminy, Côte-Chaude, l'Olympique de Saint-Etienne. Ce sont plutôt des industries de pointe qui s'investissent dans le club : le commerce avec Guichard, le BTP avec Rocher » explique Pascal Charroin, historien stéphanois. En 1958, Roger Rocher est élu par le quotidien L'Equipe « PDG le plus sportif de France ». Il siège alors à la commission sportive du club et suit régulièrement l'équipe. C'est un homme qui monte et qui compte. Pierre Guichard le sait. Redevenu président suite au retrait de Pierre Faurand en 1959, il souhaite néanmoins prendre du recul. « En raison de ses obligations professionnelles, M. Pierre Guichard estime n'avoir pas suffisamment de temps à consacrer à l'ASSE » peut-on lire dans le PV du Comité directeur du 7 avril 1961. Dix jours plus tard, nouvelle réunion : « M. Pierre Guichard se voit obligé de maintenir sa démission (...) [et] propose la candidature de M. Roger Rocher. » Ce dernier est élu par 23 voix sur 25. Sa première saison se termine par la relégation. Qu'à cela ne tienne, il garde tout le monde avec pour objectif, la remontée immédiate. L'objectif est atteint. Pour Philippe Gastal, historien attitré de l'ASSE, « le tour de force de Roger Rocher est de ne pas s'être trompé sur les hommes. Il fait revenir Mekloufi qui avait passé quatre ans au sein de l'équipe du FLN et qui sort un match extraordinaire à son retour. Il fait revenir Snella et ce sera le titre en 1964 et 1967 ».

« Roger Rocher incarne le directeur du personnel avec un côté paternaliste, autoritaire » explique Pascal Charroin.
Jean Snella est en football un véritable maître d'école. Amour du ballon (« il cirait les ballon, les chaussures, reprisait les chaussettes, prenait soin de la pelouse » rappelle Philippe Gastal), des joueurs, il repart au Servette de Genève au printemps 1967. Définitivement cette fois. « Il n'y a qu'un homme pour le remplacer : Albert Batteux.
Ils étaient d'ailleurs les deux entraîneurs de l'équipe de France en 58. C'est la continuité, même s'il est moins porté sur la formation. Par contre c'est un vrai pédagogue avec ses conférences d'avant-match. Et son jeu avec des petites passes dans les pieds sans jamais perdre le ballon... Pour moi, c'est la plus belle équipe » complète Philippe Gastal. Football simple, court, offensif voire romantique. Albert Batteux part en 1972. Qui pour le remplacer ? Roger Rocher choisit son capitaine : Robert Herbin, 32 ans. Pour Jean Oleksiak, « Herbin a apporté du nouveau dans l'entraîneur avec des jeunes exceptionnels qui avaient faim ». Grâce à lui, les Verts passent à la catégorie supérieure. C'est peut-être moins beau mais plus costaud. Le nouvel entraîneur insiste sur le physique indispensable pour finir les matchs sans faiblir, résister à l'adversaire en Coupe d'Europe et jouer le football total où les défenseurs peuvent attaquer, les avants défendre, où la permutation entre les joueurs est essentielle. Finies les parties de tennis-ballon chères à Batteux, place à la préparation physique et la musculation. « Tactiquement, ils copient l'Ajax et ils ont une énorme avance sur la préparation physique alors qu'ailleurs ce n'est que de la culture physique » pour Pascal Charroin.



La clé du succès : la formation

Pierre Garonnaire a déjà trouvé quelques perles dès les années 1950 comme Mekloufi, les frères Tylinski, Herbin. Il devient salarié la décennie suivante. « C'est la première fois que quelqu'un signe au club sans être ni administratif, ni joueur, ni entraîneur. C'est un nouveau poste » témoigne son fils, Jacques Garonnaire. L'ASSE est en avance sur les autres et crée un poste à l'origine de l'épopée européenne. En 1976 à Glasgow, le fin limier a recruté l'ensemble de l'équipe. Comment fait-il ? Réponse dans ASSE Actualités du 22 août 1978 : « Je bénéficie en France de la présence de 5 ou 6 très bons indicateurs. (...) Je suis averti si un excellent joueur pointe l'oreille dans l'un des coins de France. (...) Si je le choisis c'est qu'il possède déjà du talent. Ce qui importe en dehors de cet aspect, c'est qu'il soit intelligent, qu'il ait été élevé dans un environnement favorable au football où l'on exige effort et discipline ». Pascal Charroin avance son explication : « Herbin, Rocher, Garonnaire avaient 20 ans d'avance sur l'organisation du sport en France. La détection, les méthodes d'entraînement, la formation en milieu ouvert ? En milieu fermé ? Ailleurs c'était du va comme je te pousse. Garonnaire avait compris qu'il ne fallait pas rester ici, alors que les autres clubs recrutaient soit localement, soit carrément à l'étranger. »
A partir de la remontée de 1963, les succès s'enchaînent. Les Verts deviennent champions de France en 1964 dans la foulée de leur accession parmi l'élite. L'histoire est en marche. La transition entre Jean Snella et Albert Batteux n'altère pas les succès. Sous la houlette de ce dernier, et avec des valeurs sûres comme Keita, Bereta, Bosquier, Jacquet, Hervé Revelli, les Verts remportent quatre championnats d'affilée et deux coupes de France. Ils règnent sur l'hexagone, l'Europe attendra.

 

 

 

 

Elle attend 1974 et les Yougoslaves de Split en font les frais : vainqueur 4-1 à l'aller, ils plient sous l'orage de Geoffroy-Guichard au retour (5-1). Geoffroy-Guichard y a trouvé un surnom : le « chaudron ». Les Verts tombent néanmoins en demi-finale de la Coupe des Champions contre le Bayern. La saison suivante voit le fantastique retournement de situation contre Kiev (0-2 ; 3-0). Philippe Gastal, toujours lui, y était. « L'ambiance contre Kiev, l'émotion transpirait dans le stade. Des gens pleuraient. Ça, ce sont des moments que tu ne vis pas souvent dans une vie. » Et puis c'est la finale perdue contre le Bayern, les poteaux carrés, les Champs Elysées, la France verte. L'hégémonie stéphanoise culmine là.

 

 


Plus qu'un club de foot, une entreprise de spectacle

En matière financière, administrative, des ressources humaines, Roger Rocher amène des méthodes de l'entreprise dans un monde associatif. Il trouve en Charles Paret, un bras droit efficace. Exit la gestion de bistrot. Dans une interview à France-Football en 1968, Roger Rocher expose ses principes : « Le professionnalisme ne peut être viable qu'à une condition : qu'il fasse appel à des ressources extra-sportives. (...) Je pense qu'un club professionnel étant lié à des notions de gestion, de productivité, de rentabilité, est en fin de compte une affaire et par conséquent une entreprise. » L'organigramme s'étoffe particulièrement dans les années 1970 : la domination nationale et les épopées européennes demandent des ressources et un fonctionnement sans faille. En 1974 par exemple, les huit membres du Comité directeur se répartissent des domaines précis avec un budget et du personnel : la division professionnelle, le centre de formation. Mais il y a aussi des tâches plus éloignées du terrain mais tout aussi indispensables à une entreprise de spectacle : les relations publiques, les relations avec les pouvoirs publics, les relations commerciales, les relations avec les spectateurs, le contrôle de gestion, le secrétariat. Charles Paret, directeur général depuis 1970 chapeaute l'ensemble. La même année, le président prévoit la construction d'un centre commercial et de loisirs tout près du stade lors d'un Conseil d'administration.
Roger Rocher veut un groupe de supporters fidèles au club et pousse à la constitution des Associés supporters en 1970. « Associés » car deux places leur sont réservées au Conseil d'administration. Ce sont eux qui vont inventer le merchandising vert. La suite, Alex Mahinc, membre des Associés la raconte. « Les membres associés étaient chargés du courrier du club. Et là, les gens demandaient des photos de joueurs, des dédicaces, bref des choses à vendre. On va voir Charles Paret qui n'y croit pas mais qui nous donne 500 fanions qui lui restaient sous la main. C'est parti comme des petits pains ». Devant le succès, les Associés diversifient les ventes par correspondance ou les soirs de match. « Contre Kiev, ça a été la folie, il a fallu monter sur la table, matraque à la main pour ne pas se faire envahir ». Sauf que le club songe bientôt à reprendre ce commerce bel et bien juteux. Seulement voilà, le statut d'association est incompatible avec la recherche du profit. Les dirigeants créent alors une SARL, ASSE Promotion, une filiale de l'ASSE, chargée, outre de l'exploitation commerciale de l'image du club (contrats publicitaires, buvettes du stade), de la vente des produits dérivés : maillots, fanions, autocollants, écharpes... La folie des gadgets verts envahit les foyers et les voitures françaises. Le 17 septembre 1977, la Boutique des Verts est inaugurée, le jour de la venue de Manchester United et de ses hooligans. Cette dernière, selon Louis Arnaud un des gérants et vice-président, « apporte un soutien non négligeable au bon équilibre financier du club (...). Les recettes extrasportives sont indispensables à l'équilibre du budget du club ».

 

 

Les succès européens sont indigestes. Malgré un beau duel (perdu) en Coupe d'Europe contre Liverpool en 1977, l'ASSE perd le championnat (mais remporte la Coupe après une demi-finale d'anthologie contre Nantes : 0-3, 5-1). 1978, 1979, 1980 sont vierges de titres. Le groupe professionnel doit se renouveler. Oui mais de quel manière ? Rocher veut recruter des grands noms, pour gagner toujours et toujours plus. Les caisses du club le lui permettent. De l'autre côté, Robert Herbin entend bien faire confiance aux jeunes même s'il faut vivre quelques années de creux : aucun jeune du centre de formation n'a le niveau pour intégrer l'équipe première. Rocher l'emporte et achète à prix d'or Zimako, Rep, Platini. De son côté, Herbin intègre des adolescents comme Roussey, Paganelli. L'ASSE gagne son dernier titre en 1981. C'est le chant du cygne : les dirigeants se déchirent, l'affaire de la Caisse noire précipite l'ASSE dans la nuit.

 

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